"La vraie vie est ailleurs" vue par Sandra M. , jury au festival d'Annonay
Je tiens à vous parler d’abord et avant tout d’un film à l’image de ces quatre jours [le festival d'Annonay], intitulé La Vraie Vie est ailleurs, un film suisse réalisé par Frédéric Choffat.
Qui n’a pas une anecdote dans un train ou une gare ? Quel lieu plus
propice au surgissement de l’imprévu, de l’inconnu, du singulier dans
une existence que celui de tous ces destins qui se frôlent, de toutes
ces vies entre parenthèses, de tous ces regards qui se croisent,
s’esquissent ou s’esquivent furtivement ? Peu importe le lieu. Seul ce
qui s’y déroule compte. Cela peut se dérouler à Annonay où neuf routes
se rejoignent le temps d’un festival. Cela peut avoir lieu dans un
train ou une gare. Dans tous les cas, les préjugés et les
catégorisations volent en éclats. L’anecdotique aussi. L’instant est à
la fois banal et crucial et la poésie parce qu’inattendue est sublimée
par cette quotidienneté. Ces personnages sont tous entre deux moments,
entre deux pays, en route vers un ailleurs redouté ou idéalisé. Ils
n’ont pas de nom, pas de prénom. Leur histoire est singulière et
universelle. Leurs solitudes se rencontrent et la même altérité
débarque dans leurs habitudes. La vraie vie n’est pas ailleurs, même
s’ils le croient (ne le croit, craint-on pas toujours ?), mais bel et
bien là sous nos yeux. Capturer ce reflet-là relève d’un talent
incontestable. Grâce au regard d’une acuité sidérante du réalisateur.
Grâce au jeu impeccable, aux accents de vérité époustouflants et au jeu des acteurs, à l’image de ce long plan où, sur une
musique italienne, la jeune femme passe de la tristesse à la joie du
retour, à la nostalgie, aux regrets, à la réalité étouffante. Grâce au
montage qui permet que chaque histoire se fasse subtilement écho. Grâce
à l’attention portée aux gestes et aux regards qui semblent vibrer,
exister, surgir sous nos yeux. Grâce à cette tension contenue où
s’entrelacent rage et désir. De et contre l’autre. D’exister et contre
l’existence. Grâce à cette maladresse d’inconnus si proches et si
lointains, qui paraît si réelle. La brièveté renforce l’intensité de
leurs relations. Ils ne maquillent plus leurs émotions. C’est la vie
sans fards. Parfois quelques heures, une seconde suffisent pour faire
basculer une existence, ici une nuit blanche peut permettre de
l’appréhender différemment. C’est une formidable bouffée d’oxygène, un
huis clos haletant, bouleversant, dont on ressort, comme après ce
festival, avec l’envie de saisir chaque seconde, de ne jamais oublier
que comme le dit Molière (Romain Duris) dans le film éponyme de Laurent
Tirard « rien n’est impossible ». Si Laurent Tirard le fait dire,
Frédéric Choffat le montre dans chaque seconde du film. Cette fiction a
la force incomparable d’un documentaire sur la vraie vie et l’intensité
poétique de la beauté éphémère qui surgit de l’inattendu et de
l’inconnu. A l’image de ces quatre jours. C’est dans La Vraie Vie est ailleurs que vous trouverez les résonances de l’existence, plus présente et prégnante que jamais.
Gare de Genève. Une femme va à Marseille donner une conférence. Un
homme court à Berlin découvrir son enfant. Une jeune femme part vivre à
Naples. Et quand l’autre s’invite sur le siège d’en face, une réalité
nouvelle peut surgir. Trois rencontres, trois histoires de vie qui
basculent sur un quai de gare.
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17 Février 2007 à 22:37 dans
- Projection à l'étranger

